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REGULATION DU MARCHE DE LA POMME DE TERRE / Le Syrpalac à l’épreuve du terrain

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Il y a deux presque ans, les responsables du secteur de l’agriculture ont pris sur leur dos la charge de la régulation d’un marché jusque-là dysfonctionné. La mise en œuvre du système de régulation des produits agricoles de large consommation, s’est donnée pour objectif de « mater » la spéculation, mais les objectifs assignés demeurent – tout de même – loin d’être atteints. Le système devra-t-il – encore une fois – être réajusté ? Voilà une question à laquelle nous tenterons de répondre à travers ce mini dossier. En tout état de cause, il faut relever que la plupart des gens impliqués dans la mise en œuvre dudit dispositif, croient que c’est là une nécessité. La régulation du marché – en amont et en aval – implique des mesures radicales, lesquelles sont loin d’être prises pour voir pointer à l’horizon un résultat satisfaisant et à même d’assurer la pérennité et éviter les solutions partielles. Enquête.

A la fin de l’année 2007, l’état algérien qui faisait face à une lourde facture d’importation des produits de large consommation, notamment agricole, s’est vu, via son ministère de l’agriculture, obligé de stimuler une production locale à même de faire face à une crise qui s’annonçait difficile.

La coïncidence d’une chute sensible des prix du baril, n’a pas manqué de susciter un intérêt croissant auprès du gouvernement qui trouva la parade dans la politique du renouveau de l’économie agricole. Selon l’énoncé de mise en pratique chapeauté par le département de Rachid Benaïssa, cette nouvelle politique exprimée à travers les différents programmes de développement et d’intensification des productions agricoles ainsi que les dispositifs d’encadrement mis en place « procède d’une démarche et d’un objectif de sécurité alimentaire ».

Cependant, si l’objectif global vise les différentes filières de production agricole, d’où l’intensification rendu nécessaire à tous les niveaux, il y avait tout de même un bémol induit par des circonstances spécifiques de cette période là. La prépondérance d’une demande excroissante sur certains produits frappés par une rareté conjoncturelle ; en a fait des produits plutôt stratégiques, induisant – inexorablement – une réduction de la vision « globaliste et globalisante » du gouvernement aux seuls objectifs conjoncturels se rapportant aux produits les plus demandés.

A vrai dire, ce sont là les produits qui sont les plus sujets à la spéculation. Ainsi, la pomme de terre se plaça au plus haut de la pyramide des produits frappés par la crise. L’ex-ministre de l’agriculture, M. Saïd Berkat, y a même perdu des plumes lui qui assumera l’échec d’une stratégie qui – en vérité – ne concerne pas forcément et pas du tout en exclusivité son secteur. Celui du commerce y est aussi impliqué de par les missions organiques et institutionnelles qui lui sont assignées.

De la réduction de la facture d’importation à la gestion du flux

Pour rappeler quelques chiffres de cette période, l’Algérie avait, en 2007, consentit à une lourde facture d’importation estimée à 67,7 millions de dollars US rien qu’en semence de pomme de terre (81 614 tonnes). Pour la consommation du même produit, l’état a versé une somme de 48 millions de Dollars US pour l’importation de 127 503 tonnes. En 2008, les efforts d’intensification ayant donné plus ou moins des résultats, ont contribué à réduire un tant soit peu cette facture faramineuse d’importation en la ramenant à 64 millions de Dollars pour la semence, alors que la facture d’importation de la pomme de terre destinée à la consommation est ramenée à 0 Dollars.

A ce stade, la satisfaction n’a pas tardé à se transformer en frustration. La production de la saison 2008 était – pour le moins qu’on puisse dire – abondante ; et c’est là où apparaît l’impératif de gérer ce flux de production assimilé dans certaines wilayas à de la surproduction. La spéculation sur le produit ayant conduit à des pertes énormes notamment pour les agriculteurs, a contraint ces derniers à investir les lieux publics. Des tonnes de patate ont été carrément jetés à même la chaussée dans certaines wilayas, à l’instar de Bouira, où l’association des maraîchers s’est montré plus qu’intransigeante en exigeant l’implication des pouvoirs publics dans la gestion du volet écoulement du produit.

A ce moment là, il était apparu que le créneau de la pomme de terre est devenu un véritable champ de batail où s’affrontaient les politiques publiques en faveur de son développement en interne et les lobbies d’importation tenant, jusque-là les rênes du marché. La venue de Benaïssa à la tête du ministère de l’agriculture, avec dans la serviette une multitude de mesures à même de booster la production nationale agricole, n’était pas pour plaire aux barons de l’importation, jusque-là maîtres des lieux. Des initiatives prometteuses ont été, tout bonnement, sabotées. C’est le cas, entre autres de l’Onapsa qui – pourtant – avait réalisé l’autosuffisance en semence de pomme de terre, et qui – pour nulle raison apparente – était liquidée. Autre cas, la mise en place de l’unité de production de semence hybride, in vitro, de Guellal (Setif) en collaboration avec des partenaires étrangers (Canadiens puis Australiens) mais qui n’est jamais arrivé à voir le jour.

Des sources bien au faits de la question, notamment au niveau des deux ministères du commerce et de l’agriculture, nous déclarent sous couvert de l’anonymat, que « des partie très influentes ont depuis toujours, pesé pour saper toute initiative à même de contrarier les visées opportunistes des barons de l’importation ».Les mêmes sources qui dénoncent la manipulation des données réelles en l’absence d’un marché régulier sur le terrain, mettent en cause des pratiques irrégulières de manipulation de plusieurs volets inhérents à la production. C’est le cas, entre autres, du marché des engrais et du volet du suivi phytosanitaire où la médiatisation des maladies affectant les produits agricoles (ex : le mildiou et de la tuta absoluta) a joué un rôle destructeur en faveur de la spéculation. Ce sont là les quelques éléments ayant conduit le ministère de tutelle à entrer de plein pied dans la phase de « guerre franche » contre la spéculation à grande échelle.

Un antidote pour… sauver les meubles !

La résolution a, donc, été prise plutôt à la hâtive. En l’effacement des services du ministère du commerce (pourtant chargés du volet de régulation), le ministre Benaïssa s’est engagé dans la parade de la régulation, tout en prenant le soin de ne se concentrer que sur le seul volet de production de la pomme de terre. Le premier Syrpalac (système de régulation des produits agricoles à large consommation) a ainsi été mis en œuvre en juillet 2008.

Dans la précipitation, les services agricoles au niveau des wilayas, ont été conduits à bâcler le travail en s’associant de nouveaux prédateurs reconvertis en stockeurs. Les fellahs, pressés de liquider le produit qu’ils avaient sur les bras, n’ont pas pris compte des garantis légales à même de les prémunir des éventuelles arnaques.

Ce qui devait arriver arriva. Des centaines d’agriculteurs se sont vu privés de leur produits dont le prix de référence arrêté à l’avance (20 DA/Kg) était déjà dérisoire comparativement au coût de revient de la production. Certains stockeurs (des privés) se sont volatilisé avec la production stockée, et l’anarchie ayant caractérisé les opérations de destockage assignées aux walis, n’a pas manqué d’exacerber la frustration des agriculteurs qui se disaient trahis. Autant de pertes que de résultats fiables. Une donne vérifiable, autant pour les producteurs que pour les pouvoirs publics dont le dispositif de régulation n’a – pour le moins – pas du tout marché.

Les fluctuations – souvent haussières – du prix de la pomme de terre sur le marché parallèle, qui suivirent la mise en pratique de ce système, et les protestations des agriculteurs démontraient amplement le degré de l’échec de la stratégie.

Rebelote, sur le compte des pertes et profits

Saison 2009, c’est l’heur des bilans. Le ministère de l’agriculture qui reconnaît – à demi-mot – l’échec du premier Syrpalac ; met en œuvre le Syrpalac 2. En mois de mai 2009, le ministère de tutelle décide de chambouler la donne et se focaliser sur le voler de la garantit du paiement des agriculteurs.

Selon l’énoncé du nouveau programme « ce dispositif est venu colmater les brèches du premier Syrpalac dont la mise en œuvre a connu des difficultés sur le terrain ». Dans une instruction datée du 18 mai 2009, et adressée aux DSA (directeurs des services agricoles au niveau des wilayas), il est dit expressément que « l’expérience et les enseignements tirés lors de la mise en œuvre du système de régulation de la pomme de terre ‘saison 2008′ ont conduit le ministère (…) à mettre en place un dispositif de régulation réajusté dans sa conception et son fonctionnement ».

 

Techniquement, le dispositif a été articulé autour de deux principaux acteurs, à savoir la SGP/PRODA (société de gestion des participations ‘’productions animales ») et l’administration agricole au niveau central et local. Une convention a, par la suite, été signée entre la SGP/PRODA et les services du ministère de l’agriculture.

En revanche, si le nouveau système s’attelait à préserver les revenus des agriculteurs (un objectif atteint à 100%), l’objectif de la stabilisation des prix à la consommation est loin d’être atteint. Des intervenants dans la chaîne de mise en œuvre de ce système, reconnaissent tout de même que des failles n’ont pas manqué à se faire jour.

Au centre du pays, où nous avons pu faire notre petite enquête, l’on a sentit des crispations à plusieurs niveaux, et plus particulièrement auprès des organismes stockeurs agréés. Dans la zone de l’Algérois, de Kabylie et du Titri, l’on note au moins deux organismes impliqués sous la houlette de la SGP/PRODA, à savoir l’ONAB et SOTRACOV (Société de Transformation & de Conditionnement des Viandes) et ses filiale Soummam et Mitidja.

Les stockeurs pris au piège !

Certains responsables dédits sociétés, ont même avancé que des pertes n’ont pas manqué d’être enregistrée au moment où d’autres parlent de « piège tendu par les spéculateurs dont les manœuvres allant dans le sens de saper le dispositif ont été facilitées par la centralisation des décisions de destockage ». L’un de nos interlocuteurs, requérant l’anonymat de part le poste qu’il occupe, dira que « les spéculateurs informés de la date de destockage font tout pour réduire les prix en nous proposant des prix dérisoires dont les conséquences à long terme sont prévisibles. ». Ce même responsable précise que sa société a vendue de la pomme de terre à perte comparativement au prix d’achat auprès des agriculteurs, et auquel il faut adjoindre les frais de transport et de stockage.

D’autre part, nous apprenons que l’état qui prélève une certaine taxe sur les revenus après vente du produit contraint les organismes stockeurs à faire plus d’efforts pour se prémunir des pertes sèches à même de provoquer leur faillite. Cela, au moment où certains organismes stockeurs, peinent à écouler la marchandise qu’ils ont sur les bras, notamment en cette période où le produit de saison est déjà sur les étalages. Une donne logique de par la nature de ces organismes non destinés, initialement, à faire dans le commerce de la distribution.

Entre le marteau et l’enclume, les responsables de ces organismes stockeurs n’ont à faire qu’à leurs têtes pour sortir du bourbier de la déconfiture. Les agriculteurs qui trouvent leurs comptes, notamment en cette arrière saison, où il n’est pas nécessaire de procéder à l’arrachage et faire recours aux chambres froides, met à mal les stockeurs et les consommateurs qui redoutent une flambée des prix de la pomme de terre d’ici le début de la période de soudure (mars – avril). A ce stade, peut-on conclure à l’échec du Syrpalac ? Pas tout à fait ; mais à condition que le volet de la commercialisation (en aval) soit pris en compte et revu, souhaitent les initiés.

Lyazid Khaber

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